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Le café.

Tout le monde le sait, du moins celles et ceux qui me connaissent vous le diront, le jour où j'arrêterai de boire du café, ça sentira vraiment le sapin et la convention obsèque n'aura plus de secret pour personne autour de moi. Et surtout on m'entendra plus.

Je me suis fait corrompre connement, un jour où celle dont je ne savais pas à l'époque que je serai la bru, m'en a servi une tasse que la politesse m'a fait avaler d'un trait, comme si je buvais mon propre vomi.

C'est que je détestais ça.
Mais j'aimais le fils de la dame.
Alors j'ai adoré son café, pensez.

Quoi qu'il en soit, un petit café tous les samedis après-midi, juste avant de mettre à l'épreuve mon contraceptif et la qualité du sommier tapissier, au bout d'un moment, ça fait saliver rien que d'y penser.

En gros, je suis devenue accro.
Du café.
De l'homme.

Mais surtout du café.

Café je t'aime j'en boirais des tonneaux.

C'est quasiment ce que je fais après seize années de mariage.
Avec le café.
Et avec l'homme.

Je pense tous les avoir goûtés, selon ma CSP.

L'immonde de la machine au boulot, toujours la même chaussette de tennis trempée dedans où que j'aie signé mes dizaines de contrats à durée déterminée.
Le Robusta terreux de chez les séniors que j'ai connus.
Le doux qui a baptisé notre première cafetière, aînée d'une longue lignée de cousines classiques, avec anti-goutte, doseur intégré, couleur flashy, thermos, filtre amovible, jusqu'à la première Senséo vendue par chez moi. Si.
La Dolcé Gusto n'a pas fait long feu, elle trône sur une étagère après nous avoir déçus. Si quelqu'un la veut, qu'il me le dise.

Bientôt cinq ans que je tanne l'homme que j'aime tant de façon plus ou moins subliminale pour qu'il m'offre spontanément une Nespresso, automatique.
Rien n'y fait, même pas les bons de réduction de soixante-dix Euros envoyés par mail par Georges Himself, ni la réclame faite tous les mercredis en rentrant du boulot après en avoir bu quelques tasses avec ma collègue, ni encore la preuve, calculatrice à l'appui, qu'une capsule de Livanto coûte moins cher qu'une vulgaire dosette de Senséo.

Nada, Ketchi, Queue d'Ale, il veut rien savoir ce rat.

"On a la Senséo, c'est très bon. L'autre, il pue, il est fort et c'est cher.
-Dis plutôt que t'as en vue un abonnement mensuel à WOW et on en parle plus.
-J'ai en vue un abonnement mensuel à WOw. Comme ça, on en parle plus."

Mais bon, j'aime cet homme et le café.
Alors je me résigne.
Je m'invente un livreur qui se pointe la rose entre les dents, le poste à cassettes sur l'épaule un beau matin et me chante "Tu es le soleil de ma vie" de Sacha Distel, avant de reculer dans ma pelouse et me livrer la Nespresso, avec un petit billet doux de l'homme que j'aime, " T'es contente?".

Et c'est en en dégustant un goulument l'autre soir que j'ai maté Appels d'urgence sur TF1.
Que la belle Carole, toujours coiffée comme sortie de chez Dessange, elle nous parlait que la Police, l'été, entre Agde et Montpellier, c'était chaud comme une baraque à frites et qu'on allait voir ce qu'on allait voir.

Alors j'ai vu, avec mes yeux injectés de caféine, les jeunes hommes un peu ivres-morts qui sodomisaient les forces de l'ordre, ou qui se disputaient la même Barbie imbibée sur le parking du dancing, ou encore les gens du voyages qui trouvaient injuste qu'on ne les prenne pas pour des joggers, même si leurs empreintes digitales retrouvées sur le pied de biche et sur le volet roulant de la belle villa de sénior occitan prouvaient qu'ils avaient été surpris en train de voler la retraite de ces pauvres gens.

J'ai aussi vu, en tremblant pour attraper ma pince à épiler, que la Police, elle écoute les gens qui vendent de la drogue en grande quantité au téléphone.
Et elle est rompue à toutes les combines des vendeurs à domicile.

Comme par exemple quand Biiiip appelle Bouuup sur son portable et l'invite à prendre l'apéro, et qu'il n'est que quinze heures, eh oh, on la lui fait pas à la Police, c'est pas parce qu'on est dans le Sud de la France qu'on boit le Ricard en début d'après-midi, c'est que c'est l'heure de la sieste, merde.
Alors du coup, ça veut dire que l'apéro, c'est de la coke en fait.

Mais c'est pas tout.

Et c'est là que j'ai compris que j'avais un peu eu le coude leste sur la Senséo toute la journée.

La Police, elle est pas dupe non plus quand Biiiiip rappelle Bouuup que plutôt, vue l'heure, c'est mieux si on boit un thé ensemble.
Non mais alors là, un thé à Montpellier en plein été sur le parking de la cité... C'est évident, c'est le l'herbe papa.
Et si par hasard, Bouuup dit à Biiiiip que ohhhh, dommage, j'ai plus de thé, mais passe, on boira le café?

Et là, en fait, le café, c'est le l'héroïne.


Et là, alors que jusqu'ici, je trouvais le reportage plutôt amusant, l'abus de café aidant, j'ai beaucoup moins fait travailler mes abdos de rire.

J'ai repensé à toutes ces fois où, malgré ma hantise du téléphone, j'ai tout de même réussi à prononcer la formule de politesse " passe quand tu veux boire le café!".

J'ai repensé à toutes ces folles conversations nourries de littérature et de maternité  qui s'interrompent par " Je re, je vais café." sur MSN avec une autre caféinomane.

Et du coup, la Police, peut-être elle m'a mis mon téléphone et mon MSN sur écoute, et qu'elle doit être sur le point de tout venir casser ma porte, hurler que c'est elle qui déboule à six heures de matin, même si je préviens derrière la porte des cabinets que je suis nue et que je refoule du bec, réveiller les enfants et l'homme que j'aime qui préfère le café pour sortir du lit plutôt que l'inspecteur, finir de foutre le bordel dans la maison et ne finalement trouver que six paquets de Senséo familial, soit cent-quatre-vingt dosettes de pur arabica doux. Dosettes qu'elle s'empressera, la sécurité publique, de trouver suspectes et les déchirera toutes, en foutant du café moulu partout.

Sur quoi, elle présentera ses excuses, jettera ses gants de chirurgien dans le couloir, ne rangera pas derrière elle et se cassera la matraque entre les Rangers, après avoir trouvé le lever de soleil magnifique, vu de chez moi, et que j'ai bien de la chance d'habiter ici, que ma maison est vraiment ravissante et que oh mais qu'il est beau votre carrelage madame. Et bien-sûr, plus de café, bordel de merde.

Alors depuis, j'ai peur.
Je me mets hors-ligne sur mon MSN et mon téléphone sonne, sonne, sonne jusqu'à ce que le répondeur décroche, de guerre lasse.

Yamaka'tach - L'enfer Des Taches - video powered by Metacafe
Mercredi 12 novembre 2008
- Publié dans : Zette & The City - Communauté : Racontez-le moi !
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