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J'en ai encore le café qui demande au fond de ma gorge à s'évader tellement j'ai l'odeur de la pisse de la chatte dans le pif.

Faut dire, je l'ai cherché.

Enfin, à vrai dire, pas tout à fait.

Mais un peu tout de même.

Soit.

C'est vendredi, et comme tous les vendredis, mon aîné interne a une permission de sortie pour le week-end.

La neige et la pluie se tirent la bourre sur la route boueuse gorgée de sel.

Au taquet de troisième, je regagne sa geôle en deux fois plus de temps que la norme.

Ma mère m'accompagne, en cas de défaillance du pilote que je suis. Nous, un jour, on fera le Paris-Dakar puisque forcément, un jour ou l'autre, il partira de chez nous.

Mais pour l'heure, et une fois le détenu en liberté provisoire embarqué, la pluie gagne du terrain et nous desserrons les miches en décidant d'aller faire trois courses.

"Trois courses avec vous les filles, c'est deux caddies et demi et quatre heures dans le magasin, je reste dans la voiture.
-Dis-donc, tu parles à celle qui te payes ton baladeur MP3 et celle qui te fait des crêpes le mercredi après-midi quand tu te plains que ta mère fait jamais ce genre de merveilleux et succulent dessert alors museau ou sinon tu rentres à la nage."

Un peu piquées dans nos mauvaises fois respectives, ma mère et moi décidons de faire fissa et effectivement trois courses.

Premier magasin, un bidon de kerdane chacune.
Même pas un caddie, à la main les bidons de vingt litres donc vingt kilos.

Second magasin, je prends vite fait un sac réutilisable dans le coffre, fière comme si j'avais un bar-tabac puisque d'habitude, j'en stocke une centaine dans le cellier. Alors d'avoir eu la présence d'esprit l'autre jour de les remettre dans la bagnole, ça m'a emplie de fatuité.

Je vole dans les rayons, butinant au vol pour le volume exact du sac en plastique.

Avant de me saisir de deux packs de lait, un léger fumet musqué titille mes naseaux.
Je porte ma main à mon appendice et refoule une petite nausée.

Je me dis qu'un rat aura pissé sur le plastique de la poignée du pack et j'oublie.
Je traîne mon sac lourd de part et d'autre de mes jambes, le pousse avec ma chaussure jusqu'en caisse et fais la quueue, pendant que deux couples dont un de seniors et l'autre de poivrots assumés payent leurs dettes.

Le mélange d'alcool et d'ail cru prédigérés masque à peine cette persistante odeur déjà sentie dans ma main.

Ce qui saute au nez de l'hôtesse de caisse, qui bavarde banalement avec ma mère.

"Ouah ça pue... Le vin, le miel, j'arrive pas à savoir.
-Ma pauvre petite, je vous plains, vous devez en voir de toutes les couleurs!
-En sentir surtout, franchement, y a des gens... On devrait avoir le droit de leur refuser l'entrée du magasin."

N'y tenant plus, l'estomac prêt à faire un triple salto sur le tapis roulant, je fonce acheter des lingettes.
Je reviens dans la file et frotte mes mains jusqu'à les faire rougir.

"Ah mais c'est tes lingettes qui renèguent comme ça?
-Faut croire."

Une aura indéfinissable mais proche des chiottes d'un bistrot de banlieue exhalait de l'endroit à présent et tout les regards et les nez pointaient vers nous.

Angoissée, je me mets à chercher sur mes courses l'emballage souillé, regarder sous mes semelles et c'est en baissant la tête vers mes pieds que j'ai compris.

J'ai tenté d'alerter ma mère en roulant des yeux, afin qu'elle arrête de relancer l'employée sur le sujet des mauvaises odeurs de la clientèle.
Perdue dans son code de carte bancaire et toute ouïes aux confidences de sa créancière, elle ne regarde pas sa fille en train de sombrer dans un grand moment de solitude.

Elle sort en premier.

J'arrive à la hauteur de la jeune fille, qui, ayant vu que je créditais ses doléances avec ma mère, remet une petite couche.

"Non parce que vous comprenez, quand c'est au petit matin, le café, il a du mal à passer. Et après le repas de midi, c'est pire, des fois, on est obligées de se relayer avec les collègues, c'est insupportable et moi, si je vomis sur ma caisse, je suis virée alors vous comprenez....
-... Je vous comprends tout à fait."

Et dans un élan de compassion, je lui fais part de mon passé de collègue.

"Oh vous avez été caissière aussi? Où? De quand à quand? Combien de marge d'erreur de caisse? Les chèques refusés, les faux billets, la paye, les pauses, les collègues, la Direction..."

Tout y est passé, y compris les odeurs, sujet qu'il me fallait par tous les moyens éviter.

"Personnellement, j'avais dans ma poche un flacon de Vicks et j'en mettais de temps en temps une petite noix sous mon nez. Je paye par carte bancaire.
-Ah oui le coup du Vicks, comme les flics qui éventrent les macchabées, je ferai ça tiens."

Et je file plus vite que mon ombre avant qu'elle ne comprenne exactement.

Je cours sous la pluie jusqu'à la voiture, dont ma mère avait pris le soin de laisser le coffre ouvert.
J'emballe à toute vitesse, suis obligée de plonger la main dans mon sac bondé pour y déloger une lingette bien tout au fond, me décrasse à nouveau les mains, mais aussi le pantalon et mes chaussures.

"Mais qu'est-ce que tu fais avec ta lingette, tu comptes te doucher sur place?
-Maman, en fait, c'est moi qui pue.
-Hein?
-L'odeur, elle vient du sac. Quand je me suis baissée pour chercher d'où elle venait, j'ai vu une belle coulée orangeâtre le long du sac et je me suis rappelée que je l'avais laissé un moment sur la terrasse, ce putain de sac. Comme les chats sont chauds comme des baraques à frites en ce moment, l'un d'entre tous ces obsédés de la chatte a dû lever la patte... Sur le sac.
-Oh punaise (ma mère ne dit jamais putain, je le dis assez pour elle.), alors c'était toi?
-Oui. Alors j'arrêtais pas de te faire des gros yeux pour que tu arrêtes de faire parler la caissière, parce qu'à l'heure qu'il est, elle doit avoir compris que depuis mon départ, ça pue plus. Que donc, toutes tes allusions et les mêmes sur ces salauds de clients qui puent et qui font gerber les caissières, hein...
-Maman, c'est quoi qui pue le cellier comme ça?
-Toi, depuis quelques temps, dès qu'on parle de chatte, tu allumes tes oreilles hein..."

Je suis rentrée ai me suis désapée, ai foutu en boule ma parka, mes chaussures, et toutes mes frusques dans la machine à laver.

Dans le cellier.

Curieusement, dans le cellier, ça sentait pas.

C'est certainement pour ça que les gens ne sentent pas qu'ils puent tellement ils baignent dans leurs odeurs corporelles.

Mais quand c'est celle d'une chatte et que par-dessus le -super-marché, elle ne vous appartient pas, on a beau dire, on a beau faire, tout le monde le sent.

Vendredi 9 janvier 2009
- Publié dans : Zette & The City - Communauté : Racontez-le moi !
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