En ce moment à la maison, ça bouge.
Les portes s'ouvrent, se claquent en se refermant, l'air circule en courant, les langues se délient, les chats volent, les enfants vivent et les parents tentent de ne pas se retrouver plaqués au
sol par tant de mouvement.
C'est que chez nous, en principe, mode de vie et structure familiale bien huilée obligent, on est comme qui dirait assez casaniers.
Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place.
Et la même limonade pour les gens.
Et les chats.
Et pourtant.
Le seul fait d'amorcer une simple réflexion dans le cellier polaire avec mon partenaire particulier l'autre jour a remué pas mal de meubles.
D'où il était question de nomadisme et de sédentarité.
"C'est marrant cet attachement profond qu'on a tous les deux pour nos racines, les repères, cette horloge quotidienne qu'on a jamais à remonter tellement elle sait quand on part, quand on mange,
quand on dort.
-Toi qui pars le matin pour le boulot et qui rentre à la maison le soir, tu vis les départs et les retours comment?
-Attends, ça va je vais pas sur le Zambèze non plus.
-N'empêche, c'est des mini-trips.
-Schématiquement, oui, j'ai du mal à quitter la maison, mais j'aime assez ce petit trou dans le ventre qui grandit à mesure que la pendule me prévient de mon retour prochain. Et parfois même, le
matin, j'ai hâte de sortir du lit rien que pour que le soir et ce moment arrivent plus vite.
-Bé figure-toi que j'aimerais, de temps en temps, voire plus souvent que ça, ressentir ces crampes aussi.
-Tu le vis par procuration en gros.
-Oui, pour attirer les moineaux les pigeons."
La suite de la conversation à viré au karaoké, en effet, nous n'étions pas d'accord sur les paroles.
C'est alors que je me suis souvenue que ces cordelettes dans l'estomac, je les avais ressenties, y a pas si loin de ça.
Quand j'ai allée à Paris.
Sur le moment, l'expérience avait été tellement...Dénuée de sentiments que je n'avais qu'une hâte, c'était de revoir les quatre mines décomposées par la crise de manque de mon quatuor sur le quai
de la gare près de chez moi.
Mais avec le recul et le désir qui me pousse à présent à désirer voler un peu plus souvent, je me rappelle avoir trépigné d'impatience alors que le train pour Paris accusait un retard de près d'une
heure ce vendredi matin-là.
Peut-être à l'image de la moitié de mon coeur avais-je autant envie de partir vite pour accélérer l'heure du retour?
Peut-être fallait-il partir le plus vite possible tant cette occasion était inespérée et presque impossible, irréelle?
Peut-être tout simplement un désir profond de prendre le large pour me retrouver seule avec moi-même, mes envies, ma vie, mes questions, moi?
Peut-être.
Sans doute.
Certainement.
C'est ce que je comprends tout doucement depuis cette conversation.
Je réalise que le jour de mon retour, je me serais extasiée devant chaque seconde de vie, devant le seul fait que les enfants se disputent sur qui va aller au milieu dans la voiture pour être aux
premières loges de tout ce que j'avais à leur dire sur Paris et les livres. De voir les bandes blanches défiler de plus en plus vite sur la route,l'entrée du village que j'ai pourtant vue des
centaines et des centaines de fois, le chemin défoncé qui mène à la maison, son état déplorable en mon absence, les bols dans l'évier.
Mais il est clair qu'il y a voir et regarder.
Quand on ne bouge pas, on voit.
Quand on se décale un tant soit peu, on regarde.
Cette fois-là, j'ai regardé.
Et j'ai vu autrement.
Rien que pour tout ça, j'aurais envie de partir.
Rien que pour tout ça, j'aurais envie de revenir.
Encore.
Et encore.
"Mais pourquoi tu y penses maintenant en fait?
-Peut-être que c'est le moment? Peut-être que matériellement, j'ai la place pour sortir les ailes? Peut-être pour te permettre de reposer les tiennes un peu? Et si les enfants voulaient que je leur
manque un peu de temps en temps, comme la dernière fois?
-Ils n'ont pas été les seuls à sentir le vide.
-Oui, mais le vide a été d'autant plus joliment comblé.
-C'est clair, cette fête quand on a vu le train arriver à la gare!
-Et je vous ai manqués?
-Quand tu es partie oui. Et juste avant que tu reviennes.
-Et entre les deux?
-Pas vraiment, on s'est mis bien côte à côte tous les quatre pour se tenir chaud et prendre ta place, un peu."
Il m'a dit ensuite que je n'avais plus vraiment à choisir entre la mère et la femme, que je pouvais être les deux à parts inégales, selon le moment, l'occasion.
Il m'a aussi plus indistinctement dit que ce serait une belle chose pour lui que de rester un peu plus à ma place pendant que je serais partie.
Alors on a décidé que peut-être, il serait temps que je sois nomade et lui sédentaire.
Le transfert est en cours.
J'aime-J'aime PaZette.